Sarah Soilihi, la boxeuse qui fait des crochets en politique

Engagées aux côtés de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle de 2017, la boxeuse Sarah Soilihi a écrit le manifeste sportif de La France Insoumise. Après cette parenthèse, elle repart à l’assaut des rings de Kick-Boxing dès novembre. Avec le combat politique toujours en tête. 

Elle a déjà accompli trois vies en une seule. Sarah Soilihi, Marseillaise d’origine française, comorienne et marocaine a été consacrée en 2015, à seulement 23 ans, championne du monde de Kick-Boxing. L’année suivante, elle devient championne de France de karaté semi-contact. Fin octobre 2016, la médaillée mondiale rentre même dans la cage pour un premier combat professionnel en Martial Mixed Art. Pourtant, l’année 2017 marque un tournant dans sa carrière. Élections présidentielles obligent, la jeune femme de 25 ans décide de s’engager en politique et de délaisser brièvement les rings.

Doctorante en droit public et nommée porte-parole nationale de la France Insoumise, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, Sarah Soilihi enchaîne les plateaux de télévision comme elle enchaîne les combats. Ancienne partisane du Parti Socialiste, la jeune femme s’associe à l’ancien joueur de Basket, Bally Bagayoko, dans la rédaction du livre programme du parti sur le sport : « Pour un sport émancipateur et libéré de l’argent ».  Durant cette campagne présidentielle 2017, elle lutte également sur le terrain et tente de s’imposer aux législatives dans les quartiers Nord de Marseille, là ou elle a grandi et forgé son mental d’acier. Avec seulement 18,47% des voix, elle s’incline à domicile aux portes du second tour et fait un trait sur son siège de député. Un premier revers pour la jeune championne.

Embed from Getty Images

Pendant cette période intense, le sport est largement mis de côté et le manque d’entraînement visible : « Je ne pouvais effectuer que 2 à 3 entraînements par semaine alors qu’un athlète professionnel s’entraîne normalement tous les jours » admet sans mal Sarah Soilihi. Le tourbillon médiatique et politique désormais terminé, elle est revenue à son sport, et aux choses sérieuses : « Maintenant que tout ça est fini, je veux me dépasser physiquement, et surtout, gagner le plus de médailles possibles pour la France aux prochaines compétitions ». Et ça commence dès novembre, où elle partira à la reconquête de son titre de championne du monde de Kick-Boxing (3-12 novembre à Budapest).

 

Une discipline en manque de reconnaissance

Championne du monde de Kick-Boxing, le titre fait rêver. Pourtant au quotidien, rien de très évident pour ces combattantes qui s’entraînent une dizaine de fois par semaine. En plus de la dureté des entraînements, s’ajoute le manque de reconnaissance :  « Notre sport n’est pas reconnu aux Jeux-Olympiques, ni le Kick-Boxing ni le MMA, carrément interdit en France » désespère la championne.

Le Martial Mixed Art, sport en cage à la mode mais décrié, a été officiellement interdit en France il y a un an. De fait, les statuts de ces sportives restent précaires et les rémunérations guères proportionnelles à la violence des combats. « Quand on fait des galas, on gagne seulement quelques euros parfois » rapporte la Marseillaise. Un gouffre financier en comparaison des cachets de la boxe, son proche cousin. Pour le Karaté semi-contact, un dérivé mêlant pieds et poings, le constat n’est pas plus glorieux tant il souffre d’un déficit de notoriété par rapport au Karaté traditionnel.

« La politique est un sport de combat où l’on n’est pas forcément sanctionné quand on enfreint les règles »

Malgré ces difficultés, Sarah Soilihi n’aura pas tout perdu à s’engager dans la vie publique. Sa notoriété croissante pourrait lui « permettre de trouver plus facilement des sponsors, condition indispensable pour pouvoir continuer mon sport ». Et à propos de politique, elle reste toujours aussi percutante : « C’est aussi sport de combat où l’on n’est pas forcément sanctionné quand on enfreint les règles ». Et où le KO n’existe pas.


Betrand Connin Follow  

Author: Bertrand Connin

Passionné d'informations et de communication, je suis passé par GoMet' avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @BertrandGLC

Share This Post On

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *