Sandrine Bailly : « Le biathlon n’est pas un monde de bisounours »

C’est la dernière Française à avoir remportée le grand globe de cristal en biathlon (2005). Sandrine Bailly, également médaillée olympique, a arrêté sa carrière en 2010. Elle revient pour Les Championnes sur sa reconversion, qui ne s’est jamais vraiment éloignée du sport. Interview.

L.C : Vous êtes partie en retraite sportive à 30 ans. C’est relativement jeune surtout que vous réalisiez encore de belles performances. Pourquoi cette décision ?

Sandrine Bailly : « Ça a été facile de me décider car je me sentais un peu émoussée physiquement, mentalement avec beaucoup moins de motivation. Ça aurait été difficile pour moi de continuer, je sentais que j’avais 30 ans et qu’il fallait passer à autre chose. J’ai fait ma dernière année en 2010, et je savais que les Jeux Olympiques allaient terminer ma carrière. Même si j’étais encore capable de faire des podiums, je n’avais plus la flamme pour m’entraîner et viser très haut. Il fallait que je passe à autre chose.

Passer à autre chose, mais où êtes-vous passée ? 

J’avais une société, dont j’ai élargi les statuts, qui m’a permise de faire des interventions en entreprise, notamment avec EDF auprès de jeunes, parce que ça me tenait à cœur de faire un peu de consulting, de partager un peu mon expérience. Après, j’ai changé de voie : j’ai ouvert une boutique en tant que franchisée (de la marque Odlo qui produit notamment des sous-vêtements thermiques, ndlr). Je l’ai fermée l’an passé car ça ne prenait pas la bonne direction. J’ai ensuite eu une deuxième fille et je me suis réorientée sur d’autres projets : en hiver, je suis consultante pour Eurosport.

Embed from Getty Images

Mais au fait, devenir professionnelle en biathlon, c’est facile ?

En biathlon nous sommes professionnelles à partir du moment où nous signons un contrat avec des institutions comme l’armée. Il y a des équipes de France militaires et douanières qui sont créées, dans lesquelles il y a des quotas d’athlètes. J’ai obtenu un contrat militaire assez tôt parce qu’il y avait de la place et qu’ils cherchaient des jeunes biathlètes. Je suis rentrée en équipe de France militaire à 18 ans, et j’ai été payée en tant que militaire. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde, j’ai eu de la chance !

Une chance vous a suivie tout au long de votre carrière…

Au fur et à mesure des années j’ai des résultats qui m’ont permise de décrocher des sponsors sur mes bandeaux, sur ma carabine, et surtout de mettre de l’argent de côté. Ça s’est fait petit à petit et j’ai heureusement eu rapidement une certaine image à l’international, un avantage non négligeable pour se faire connaitre.

Aujourd’hui, quelle place prend le biathlon dans votre vie ? 

Le biathlon est toujours un peu là parce que les jeux (J.O de Pyeongchang) arrivent. Je me suis pourtant largement éloignée de ce monde et j’en suis désormais très détachée. Comme je travaille comme consultante, je continuais à suivre mon sport mais derrière l’écran. Là, les J.O changent un peu les choses puisqu’ils boostent les demandes de consulting. On me demande des interventions fréquemment dans le milieu.

Embed from Getty Images

N’envisagez-vous pas plutôt un rôle encore plus actif dans votre sport comme entraîneuse en équipe de France par exemple ?

Non, pas du tout. Je veux bien regarder le biathlon à distance, le commenter et l’analyser mais je ne veux plus faire partie de cette bulle. Entrainer, c’est vivre comme une athlète, avec tous les sacrifices que cela comporte. C’est une vie particulière et je ne la veux plus surtout maintenant avec ma famille.

Vous êtes la dernière française à avoir remportée le grand globe de cristal, c’était en 2005. Une éternité non ?

L’équipe de France féminine actuelle est assez homogène. Mais c’est vrai, à part Marie Dorin-Habert, depuis quelques années il n’y a pas de filles qui arrivent à sortir du lot dans le groupe. Après, au niveau international, je trouve qu’il n’y a pas forcément de forte densité dans les équipes nationales. Avant, l’équipe d’Allemagne pouvait aligner dans un même groupe, quatre filles capables de gagner, idem pour la Russie et la Norvège. Aujourd’hui, c’est une dizaine d’athlètes de tous horizons et de toutes nationalités qui sont compétitives. En mon temps, il n’y avait pas un niveau aussi homogène et autant de concurrentes capables de monter sur le podium.

Le biathlon est-il exemplaire en terme d’égalité hommes-femmes ? 

L’International Biathlon Union (organisation qui régit la discipline à l’échelle mondiale, ndlr) a choisi de mettre en place les mêmes primes entres les femmes et les hommes et on est mises sur le devant de la scène autant qu’eux. Je crois même qu’à un moment, quand il y avait la lutte avec les Allemandes, les audiences TV étaient plus fortes chez les femmes que chez les hommes. En interne pourtant, j’ai souffert d’un manque d’écoute, d’un manque de connaissances sur la femme parfois. Le manque de reconnaissance par rapport aux hommes reste présent dans les équipes. Ça n’était pas vraiment un monde de bisounours. »


Propos recueillis par Bertrand Connin

Author: Bertrand Connin

Passionné d'informations et de communication, je suis passé par GoMet' avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @BertrandGLC

Share This Post On

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *