Marguerite Broquedis, le revers de l’or

Le tennis s’appelait encore « lawn tennis ». En 1912 à Stockholm, Marguerite Broquedis devient la première femme tricolore à remporter l’or aux Jeux-Olympiques. En battant en finale la Prussienne Dorothea Köring, la joueuse restera la première star de la discipline en France. Juste avant l’avènement de Suzanne Lenglen.  Récit.

A l’image d’Alice Milliat, Marguerite Broquedis a marqué l’histoire du sport féminin français. Athlètes à la même époque, la joueuse de lawn tennis, ancien nom du tennis actuel, a été la première tricolore championne olympique, c’était en 1912 à Stockholm.

Marguerite Broquedis joueuse de tennis ...Agence Rol btv1b6918115d - Marguerite Broquedis, le revers de l'or

Marguerite Broquedis pose pour la presse en 1912. (c)Bnf

À l’époque, dans des J.O largement phallocrates et fondés sur des préceptes Coubertin largement mysogines, rares sont les sports ouverts au concours des femmes. Le tennis, le golf et la voile en font partie, comme d’autres disciplines dites aristocratiques, censées préserver la femme par soucis de fécondité.

C’est dans ce contexte que Marguerite Broquedis débute sa carrière de joueuse. Née à Pau en avril 1893, la Béarnaise ne tarde pas à se montrer au plus haut niveau du tennis français. Dès 1911, à seulement 18 ans, elle atteint la finale du championnat de France, aujourd’hui rebaptisé internationaux de France. Sa défaite contre Jeanne Matthey en finale ne sera qu’anecdotique et poussera paradoxalement la championne vers les sommets mondiaux. Décrite comme « sûre, gracieuse et forte », la jeune femme est la première sportive tricolore à être reconnue à haut niveau après sa victoire surprise à Stockholm en finale des Jeux-Olympiques.

Un titre olympique surprise

« Mlle Broquedis s’est adjugée une victoire sensationnelle : les Allemandes avaient eu raison de nos meilleures raquettes dans le championnat homme simple et double : restait le championnat féminin qui mettait en présence une Allemande réputée invincible » déclarait le 1 er juillet 1912 le bi-mensuel Femina. L’Allemande réputée invincible ? Dorothea Köring qu’elle a finalement réussie à battre en trois sets (4-6 6-3 6-4) pour s’adjuger l’or et dépoussiérer l’armoire à trophées de l’olympisme français. Un an plus tard aux championnats du monde, c’est une autre germanique réputée, « Fraulein Rieck », qui cèdera sous le geste favori de la Paloise : le coup droit puissant long de ligne.

Avant elle pourtant, d’autres tenniswomen avait marqué l’histoire olympique. En fait, la première présence des femmes aux J.O date de 1900 à Paris où 22 concurrentes avait bravé l’interdiction morale de la pratique sportive féminine. Parmi elles, la Britannique Charlotte Cooper, officiellement première médaillée d’or olympique de l’histoire, et aussi sa victime en finale, la Française Hélène Prevost.

15 6 13 Saint Cloud championnats du monde ...Agence Rol btv1b69257256 - Marguerite Broquedis, le revers de l'or

Le 15 juin 1913, Marguerite Broquedis affronte l’Allemande Rieck et devient championne du monde sur terre battue. (c)Bnf

Mais grâce à son succès en simple et à sa médaille de bronze en double mixte à Stockholm, c’est bien Marguerite Broquedis qui atteint vite la notoriété en France. Si la couverture de ses matchs est à des années lumières de celle des hommes, la championne est régulièrement suivie par une presse curieuse qui la présente comme la « première joueuse de lawn tennis de France ».

Ses résultats après les J.O confirmeront d’ailleurs cette impression : victoires au championnat de France 1913 et 1914 qui mettront ainsi fin au règne de sa compatriote Jeanne Matthey et ses 4 titres d’affilée dans la compétition.

La série de la Parisienne d’adoption aurait probablement continué au delà de 1914 si la Grande Guerre n’avait pas stoppé l’élan de performance de la jeune femme, et si Suzanne Lenglen n’avait pas éclos au plus haut niveau.

La « Divine », l’autre star

En plus de la Grande Guerre, la carrière sportive de Marguerite Broquedis, devenue Marguerite Billout-Broquedis en août 1917, a été ralentie par l’avènement d’une jeune crack au nom qui résonne encore dans les travées de Roland-Garros. Suzanne Lenglen est précoce, calme et dotée d’une maturité rare. Elle commence à vaincre les courts et ses adversaires à l’âge poupin de 13 ans.

Mlle Suzanne Lenglen   photographie ...Agence Rol btv1b530373874 - Marguerite Broquedis, le revers de l'or

Suzanne Lenglen aux internationaux de France c’est : six victoires et un seul match perdu en 1914 contre Marguerite Broquedis. (c)Bnf

À tout juste 15 ans, la Picarde se retrouve en finale face à M.Broquedis au championnat de France 1914. Finalement défaite dans ce qui est considéré comme « la plus belle partie entre deux joueuses francaises » (Le Matin, 24 mai 1914), la rencontre accouche d’une certitude : la « Divine » va marquer l’histoire du tennis tricolore. Sextuple vainqueur de l’épreuve qui deviendra internationaux de France en 1925, Suzanne Lenglen n’aura connu que cette seule défaite sur la terre battue parisienne.

Si elle prendra sa revanche en 1920, c’est une autre joueuse qui met régulièrement en difficulté la Paloise :  « L’adversaire contre laquelle j’ai joué avec le plus d’appréhension ? C’est Germaine Golding. Pourquoi ? pour deux raisons, l’une, bien définie, c’est une excellente joueuse, l’autre plus difficile à expliquer parce que je ne puis la préciser. Chaque fois que je me suis trouvée vis à vis d’elle en match, je sentais s’évanouir en moi toute ardeur combative et je ne jouais qu’avec une énergie très relative. Est-ce parce qu’elle m’est une excellente camarade ? Peut-être » expliquait la souriante championne à propos de sa compatriote dans le magazine La Vie au Grand Air en 1914.

« L’adversaire contre laquelle j’ai joué avec le plus d’appréhension ? C’est Germaine Golding »

En plus de ses confrontations avec la « Divine », la longévité de Marguerite Broquedis au haut niveau marquera aussi sa carrière. En 1930 elle participe encore aux internationaux de France en simple et en double, à 37 ans. Neuf ans plus tard, à 46 ans, le frère de la championne déclare dans la presse la volonté de la vétérane de reprendre le tennis en compétition. Mais en 1939, le tennis a évolué et Marguerite Bordes-Broquedis échoue à redevenir la « meilleure joueuse française » qu’elle était avant l’éclosion de Suzanne Lenglen. Sa médaille d’or aux J.O de Stockholm restera en tout cas, la preuve historique de sa carrière dorée.

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Author: Nathanaël Valla-Mothes

Passionné de sport, je suis passé par L'Equipe et La Provence avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @MothesValla

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