Maëva De Poorter, l’aquathlète qui nage seule

C’est un poisson heureux d’être dans l’eau. Maëva De Poorter sait aussi courir. Du haut de ses 21 ans, la Sarthoise a été, cette année, championne du monde espoirs d’aquathlon, un dérivé du triathlon, au Canada. Portrait.

La prédestinée de Maëva De Poorter pour l’aquathlon ne s’est pas forgée dans les abysses de l’effort. Initialement triathlète, ce gabarit de poche à l’endurance irrésistible, s’est tournée vers la discipline outre-manche. Un voyage d’études et d’échanges qui trouve en Erasmus la vraie source de cette passion. « Quand je suis partie en Angleterre en 2016, je n’avais plus correctement le temps de m’entraîner en vélo et de toute façon, j’en avais même pas » confie la voix énergique de la jeune femme. Elle a appris à chérir l’aquathlon en dépit des habitudes fraternelles. Car, Maëva De Poorter n’est pas venue au triathlon par hasard. Dans les foulées cadencées de son grand frère, la petite fille de 7 ans de l’époque se sait déjà destinée au triple effort, qui a vu double au fil d’un temps poli par les aléas de la vie.

L’aquathlon, par obligation

Rien ne prédestinait non plus cette jeune mancelle au titre ultime et doré de championne du monde espoirs d’aquathlon. Rien ni surtout l’absence de soutiens de la part de la Fédération Française de Triathlon. Sport méconnu oblige, aucun statut professionnel ne permet aux seuls aquathlètes de subvenir à leurs besoins. Résultat, le voyage onéreux vers le Canada à Penticton en août pour les mondiaux, a été très longtemps noyé sous les contraintes financières : « J’ai dû travailler l’été, pour financer mon voyage. Je n’avais même pas d’équipements aux couleurs de l’équipe de France. Jusqu’au flocage des maillots, tout était à mes frais » annonce-t-elle, un peu amer. Maître-nageuse en parallèle de ses entraînements quotidiens, l’été 2017 de la jeune femme n’aura pas été chômé.

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Maëva De Poorter au centre en compagnie de l’équipe de France de Triathlon aux championnats d’Europe de Chateauroux en 2016. (Crédit:Facebook/Maëva De poorter)

Un stakhanovisme forcé qui a fini par payer outre-atlantique le 25 aout dernier. Médaillée d’or historique pour la France chez les femmes dans la discipline (1 km de nage et 5 km de course à pied), Maëva De Poorter a pu fêter ce titre conjointement avec une autre espoir, couronnée en duathlon, Lucie Picard. « Nous étions une dizaine de l’équipe de France là-bas. Le problème de l’aquathlon c’est que c’est très peu connu en France contrairement à d’autres pays comme le Canada ou le Brésil. Les Brésiliens par exemple avaient une très grosse délégation et surtout, un équipement complet aux couleurs de la nation. La différence est flagrante » analyse la titulaire d’une licence en Langues Etrangères Appliquées (LEA).

Une discipline peu soutenue

Le duathlon, autre dérivé du « tri », a lui sorti plus rapidement la tête de l’eau en instaurant ses propres championnats du monde dès 1990, et en devenant très vite populaire. Pour l’aquathlon, il a fallu attendre 2007 pour voir des championnats de France se créer alors même que des mondiaux existent depuis 1998. Délaissé et encore peu considéré, le banc des aquathlètes tricolores n’est donc pas très fourni. Un handicap qui trouve son paroxysme dans l’absence de compétition dans l’Hexagone : « Mis à part les grandes compétitions internationales, il n’y a que très peu d’épreuves exclusivement d’aquathlon en France ».

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Ce flottement, intiment lié à cette discipline amphibienne, n’en est qu’à ses prémices : « La médaille d’or ne m’a pas apportée grand chose, la fédération nous voit encore comme des amateurs. Mis à part quelques sollicitations médiatiques chez moi, je n’ai pas eu beaucoup de reconnaissances après mon titre de championne du monde » assure l’ancienne sport étude à la Ferté-Bernard, la « Venise de l’Ouest ». Déjà baignée dans les dédales de rivières de cette commune de Sarthe, Maëva De Poorter doit son salut sportif à la région et à la ville du Mans. « Je les remercie car ils m’ont largement aidée financièrement pour participer aux championnats du monde » clame la championne, licenciée au club de triathlon de la ville, l’Endurance 72.

Un avenir qui s’écrira en foulées

Les mondiaux d’aquathlon 2018 auront lieu au Danemark. Pour cette fan de voyage, la transhumance vers le Nord pour défendre son titre, risque pourtant d’être délicate. Quoique plus proches, les pays scandinaves ne sont guère bon marché. En plus de ses études qu’elle continuera à Clermont-Ferrand, Maëva De Poorter sera encore probablement dans l’obligation de travailler pour espérer obtenir le pécule nécessaire. Une situation intenable, à contre-courant de l’horizon professionnel qui sera sien une fois son Master en direction de projet touristique validé : « En fait c’est simple, soit je passe pro en triathlon et dans ce cas-là je pourrai vivre de ce sport, soit je reste en aquathlon et je serai obligée de faire ça à côté de mon activité professionnelle » estime la protégée de Jean Michel Beurnez, son coach.

« Je vais commencer à m’entraîner pour la course longue distance »

Un dilemme déjà presque résolu par une troisième voie : « J’ai gagné mon titre au Canada en grande partie grâce à la course à pied et j’envisage à terme de passer sur du semi-marathon voire du marathon. Dès 2018, je vais commencer à m’entraîner pour cet objectif là » conclut la jeune femme, désormais bien seule dans l’océan de l’aquathlon.

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Author: Nathanaël Valla-Mothes

Passionné de sport, je suis passé par L'Equipe et La Provence avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @MothesValla

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