Le voile contact par Magali Belgodere

Il y a une discipline où les Français planent. Le parachutisme n’est pas très médiatique et encore moins olympique, mais cette année encore, les « paras » tricolores ont cartonné aux championnats d’Europe (Sarrelouis, Allemagne) avec 4 titres continentaux qui s’ajoutent aux 4 breloques en or, obtenues aux mondiaux de Chicago en 2016. Magali Belgodere, vice-championne du monde, est revenue pour Les Championnes sur l’une des multiples disciplines du parachutisme : le voile contact.

Magali Belgodere : « Le voile contact (V.C) est une discipline du parachutisme qui se déroule en voile ouverte. Par équipe de 2 ou 4, le but est de reproduire le maximum de figures (tirées au sort avant le départ) en un temps imparti, une minute pour le voile contact à 2 et le double pour les équipes de 4. Le chrono est déclenché à partir du moment où est enclenché la première figure ou, automatiquement 30 secondes après le saut. Pour faire des figures, on passe successivement les pieds dans les suspentes de nos voiles et on peut aussi se laisser « décrocher » pour se positionner en dessous de nos équipiers. Le record du monde de V.C séquence à 2 appartient d’ailleurs depuis cette année aux Français Guillaume Dubois et Alexandra Petitjean (56 figures en 1 minute) !

 

« Les Qataris sont professionnels, pas nous »

 

Pour être au niveau dans ce sport, il faut beaucoup, beaucoup de saut. Pour donner un ordre d’idée j’ai obtenu mon premier titre mondial après 6000 sauts ! Ce que les gens n’imaginent pas, c’est le travail de préparation physique en amont des compétitions. On fait de la musculation mais aussi du cardio parce que c’est ce qui va nous permettre de tenir les stages intensifs, et leurs 10 sauts quotidiens, en plus de l’altitude. Par contre, les parachutistes français ne sont pas professionnels, ce qui peut parfois freiner notre progression. Les Qataris par exemple, sont pros, et ça se ressent dans leurs derniers résultats internationaux (champion du monde en séquence à 4, record du monde à la clé avec 16 points en 2 minutes à Chicago, ndlr). Nous, on peut s’arranger pour obtenir un contrat d’insertion professionnelle qui permet de couvrir le manque à gagner des employeurs lorsque l’on est absent, c’est tout.

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Une figure du V.C à 4 consiste à se laisser décrocher pour se replacer en dessous de son partenaire. (c) Laurent Stephane Montfort

 

« C’est une grande fierté pour moi d’avoir fait partie de la première équipe mixte championne du monde de Voile Contact en 2012 »

Il ne faut pas voir de signes là-dedans mais moi je suis hôtesse de l’air ! J’étais hôtesse avant de commencer le parachutisme à vrai dire, et j’ai commencé le saut assez tard, à 26 ans. Malgré un 6e saut compliqué, je n’ai pas pu arrêter… Pour moi, ce saut a été déterminant, traumatisant presque. Je ne sais pas pourquoi mais c’est ce jour-là où j’ai eu une énorme appréhension. Je me suis demandée pourquoi je m’infligeais encore cette torture psychique, être dans l’avion et ressentir la peur du vide, du saut. Mais j’ai sauté et une fois en l’air j’ai compris : les sensations sont indescriptibles.

Depuis il y a eu des milliers d’autres sauts et notamment celui aux championnats du monde en 2012 en équipe mixte. C’est une grande fierté pour moi d’avoir fait partie de la première formation mixte, championne du monde de voile contact. Une fierté aussi parce que, mis à part la fédération, on n’a pas été très soutenue à l’époque dans cette démarche de mixité. Et puis, petit à petit, le machisme récurrent dans le parachutisme a disparu. Il faut dire que les voiles ont largement évolué depuis 10 ans et sont devenues plus légères. Les filles peuvent donc compenser leur « faiblesse » physique par de la technique, ce qui explique le nombre croissant de femmes dans ce sport. En V.C à 2, elles sont même sur un pied d’égalité avec les hommes. L’évolution de la voile a gommé les différences physiques.

« Le parachutisme est hautement addictif »

Mais, peu importe le sexe, on est toujours remises en questions. Le parachutisme est considéré comme un sport de haut niveau et la fédération propose chaque année une liste de sportifs susceptibles d’obtenir ce titre. Il est renouvelable tous les ans, donne accès à des primes à condition que les résultats suivent.  Aux athlètes de prouver qu’elles le méritent. Pour ma part, la retraite est encore loin. J’ai 43 ans et tant que je fais de belles performances comme cette année aux championnats d’Europe en Allemagne (bronze en séquence à 2 avec Benoit Baeckeroot), je n’ai aucunes raisons d’arrêter la compétition. Le parachutisme est hautement addictif de toute façon et tous ceux qui ont sauté d’un avion seront d’accord avec moi. Même après plus de 6000 sauts (6100 au total), je ne peux pas envisager d’arrêter. »

Propos receuillis par Nathanaël Valla-Mothes

 

 

Author: Nathanaël Valla-Mothes

Passionné de sport, je suis passé par L'Equipe et La Provence avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @MothesValla

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1 Comment

  1. Merci Nathanaël pour ce bel article sur le site de la Fédération Française de Parachutisme
    On t’attend dans le ciel 😉

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