Le Kop Fenottes 69 au bonheur des Dames

Ils chantent, hurlent, et pleurent parfois. Comme chez les hommes, des groupes de supporters de foot féminin naissent un peu partout en France. Organisés en « Kop » pour certains, en associations plus familiales pour d’autres, ils font entendre leurs voix sur des terrains encore trop réduits au silence. Première étape de notre tour de France des kops avec les Fenottes 69, fervents supporters de l’Olympique Lyonnais.

Une « Fenotte » est une petite fille lyonnaise. Elle est l’équivalent féminin du « Gone » masculin. Pourtant, l’OL Dames n’a rien à envier à son alter ego mâle. Quatre Ligues des Champions dans la besace, 11 titres de championnes de France d’affilée et les voilà probablement reparties pour une nouvelle saison canon. Première du championnat de France et qualifiées facilement en coupe d’Europe, les Rhodaniennes doivent en partie leur succès au soutien sans faille de leur supporters, à commencer par le Kop Fenottes 69, un groupe créé en 2015 par quatre passionnés sur une idée originelle de Noémie Arme.

Le Kop Fenottes 69, un soutien de plus

Il y a deux ans, les membres fondateurs sont encore chez les OL Ang’Elles, l’autre soutien historique du club (créé en 2011). Mais les dissensions au sein du groupe font germer l’idée d’un Kop nouveau, plus chantant, sur le modèle des « Bad Gones ». Rémy Goutard, trésorier de l’association et fils du président actuel Jean-Philippe Goutard, explique la création des Fenottes 69 : « En fait l’idée de création est partie d’une blague. On s’est dit pourquoi pas créer, nous aussi, un groupe avec une autre vision du supportariat. Voilà comment est née la structure ».

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Banderole affichée en hommage aux 300 matchs de Camille Abily sous les couleurs de l’OL le 29 octobre dernier. (c)KopFenottes69/Facebook

Petit à petit, l’association est reconnue officiellement par l’OL et ses joueuses, étape indispensable pour évoluer sur l’échiquier de l’ambiance et permettre à la cinquantaine de membres d’élargir ses moyens d’encouragement. Banderoles, accessoires aux couleurs du Kop, chants et petit tifo font peu à peu leur apparition dans le virage nord du terrain de jeu des féminines. En déplacement aussi : « On fait de plus en plus de voyages. On essaye de s’organiser toujours, soit en covoiturage, soit en bus pour aller voir les filles le plus possible à l’extérieur. À Soyaux, le 15 octobre dernier on avait même organisés un mini-bus pour se rendre là-bas » affirme le fervent supporter des filles depuis 9 ans.

S’il est aussi fan des garçons, le jeune homme ne cache pas son admiration pour les Fenottes : « Il faut regarder le foot féminin d’un autre oeil, il y a globalement plus de buts et de spectacle. Quand on a compris ça, on commence à se rendre compte des performances qu’elles réalisent. J’ai une petite préférence à regarder les filles d’ailleurs ».

Convivialité contre rivalité

L’Olympique Lyonnais domine outrageusement le football féminin tricolore et sa force de frappe sur la scène européenne est tout aussi dissuasive. Ses derniers succès écrasants contre Biik-Kazygurt (16-0, scores cumulés) en 1/8 de finale de la Ligue des Champions est encore la preuve que l’OL brigue, plus que jamais, un 5e sacre dans l’épreuve, ce qui en ferait le recordman absolu de titre dans cette compétition. Dans ces conditions sportives largement favorables, et de l’aveu même des membres du Kop Fenottes 69, il est plus facile de soutenir l’équipe. Pourtant, au delà des résultats « la passion du football et la volonté de soutenir le maillot lyonnais quel qu’il soit » reste la mission principale du Kop. Si les 1500 spectateurs du Groupama OL Stadium contre le club Kazakh se chiffrent largement en deçà des 22 050 spectateurs qui avaient assisté au Parc OL, à la demi-finale retour de Ligue des Champions contre le PSG en 2016, ils attestent de la progression constante du supportariat à Lyon.

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Le Kop Fenottes 69 fait aussi du bruit en déplacements avec cette devise : « Veni, Vidi, Vici » (c)KopFenottes69/Facebook

Résultat, le club rhodanien est un des rares à pouvoir se targuer d’avoir deux associations de supporters actifs pour leurs féminines, alors même que  « peu de choses sont faites financièrement pour aider le groupe à évoluer ». Aucune aide pécuniaire spécifique de la part du club, des partenariats rares et des querelles parfois vives entravent quelque peu le fonctionnement du Kop. « Il nous est déjà arrivés d’être traités de hooligans, c’est ridicule ». Ridicule d’autant plus que ces termes s’appliquent seulement à une sphère minoritaire du football, à des années lumières de l’ambiance bon enfant du championnat de France féminin de D1.

Sur le terrain aussi, l’animosité entre les clubs masculins tranche largement avec l’ambiance conviviale, quoique compétitive, des Dames : « On a des très bonnes relations avec les autres clubs et les autres groupes de supporters. On s’entend notamment bien avec le kop de Montpellier (Kop Clapas, ndlr). En tout cas, il n’y pas de rivalité malsaine entre nous » assure Rémy Goutard. En foot féminin, inutile donc de parler aux Lyonnais du sulfureux derby avec leurs voisins du Forez (qui évoluent désormais en deuxième division), la seule rivalité n’est que sportive et s’écrit en trois lettres : PSG.

Un rapport différent avec les joueuses

Les droits T.V du foot féminin français ont explosé cette année. Mais au fond peut-être, les supporters ont à perdre de la professionnalisation progressive des Dames. À l’instar des hommes, la relation fans/sportives risque d’être altérée par l’enjeu financier croissant. En attendant pourtant, les joueuses de Lyon restent largement accessibles : « Au début c’est vrai, quand le groupe n’était pas officiellement reconnu, elles avaient du mal à venir nous voir. Désormais, elles viennent sans problème nous rencontrer à la fin de leur match et discuter avec nous. Il y a aussi peut-être un objectif de communication là-dedans mais ces échanges sont clairement un avantage du foot féminin » explique Rémy Goutard.

« Il nous est déjà arrivés d’être traités de hooligans, c’est ridicule »

La proximité avec ses championnes, une récompense aussi indispensable pour ces supporters et pionniers passionnés qui cherchent dans ce partage une gratification à leur implication. S’il demeure une part d’ego dans ce raisonnement, le Kop Fenottes 69 tentent d’évoluer au delà de ces considérations : « C’est vrai qu’il y a une question de fierté personnelle parfois dans le soutien aux féminines. Mais nous essayons de ne pas nous en préoccuper et d’augmenter le nombre de personnes de notre groupe. On était une quarantaine la saison passée et sommes désormais dix de plus » avoue le Gone, conscient de la variabilité de ces chiffres au cours des saisons. « Une chose est sûre, nous ne recherchons pas la quantité mais plutôt la qualité. Le but des Fenottes 69 est d’encourager et faire un maximum de bruit pour les filles. Être là pour elles, tout simplement » conclut-il. Pas de doutes, le groupe porte bien son nom de Kop, et les joueuses, haut leur étendard : « Veni, Vidi, Vici ».

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Author: Nathanaël Valla-Mothes

Passionné de sport, je suis passé par L'Equipe et La Provence avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @MothesValla

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