La précision d’atterrissage par Deborah Ferrand

Il y a une discipline où les Français planent. Le parachutisme n’est pas très médiatique et encore moins olympique, mais cette année encore, les « paras » tricolores ont cartonné aux championnats d’Europe (Sarrelouis, Allemagne) avec 4 titres continentaux qui s’ajoutent aux 4 breloques en or, obtenues aux Mondiaux de Chicago en 2016. Deuxième volet de notre série sur les disciplines de ce sport avec Deborah Ferrand, vice-championne du monde de précision d’atterrissage.

Deborah Ferrand : « La précision d’atterrissage est une discipline sous voile qui se dispute individuellement soit par équipes de cinq en plusieurs manches (5 au total). Le but est se poser sur une cible de 2 cm de diamètre et de faire un « carreau ». Cette cible est posée sur un tapis de 6 mètres de diamètre et trois juges sont présents pour valider la performance. C’est en fait le même principe que le tir à l’arc, plus on est proche du centre et mieux c’est. On touche la cible avec le talon et une chaussure à l’ergonomie un peu différente dotée d’une pointe pour être encore plus précis.

« La précision d’atterrissage implique directement les spectateurs dans le saut »

Quand on saute par équipes, les cinq doivent toucher la même cible et le premier qui saute est en général le plus habile et le plus rapide pour ne pas gêner les coéquipiers qui suivent. Aux championnats du Monde, il n’existe pas encore d’équipes mixtes à la différence du circuit de la coupe du Monde.

La précision d’atterrissage est un sport qui est en lutte perpétuel contre l’aérologie. D’ailleurs au-delà d’un vent de 7m/s, on a la possibilité de ressauter puisque la performance est largement dépendante du vent. Par ailleurs, pour être performant dans cette discipline, il faut être évidemment très concentré et fin en pilotage. 

La force de cette discipline est d’être plus visuelle que d’autres comme la voltige où les figures se passent dans le ciel et donc, loin des fans. Là, le public est à 20 mètres de l’action et peut voir directement l’arrivée du saut. Le spectateur est automatiquement impliqué dans la performance. On est d’ailleurs assez sollicitées et encouragées, surtout à l’étranger.

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« Je me suis faite voler le titre mondial en 2014 »

Dans ma carrière en précision d’atterrissage, j’ai eu beaucoup de médailles et un titre de championne d’Europe en 2011 mais je n’ai jamais été championne du Monde (deux fois vice-championne du monde, ndlr) ! En 2014, le jury m’a volé le titre mondial. Alors que la première manche m’était favorable, certaines équipes ont porté réclamation sur le travail des jurys qui ont décidé d’annuler cette manche.

Je me retrouve finalement ex-aequo avec ma concurrente slovène (Maja Sajovic, ndlr) et nous sommes départagées par une manche supplémentaire que je perds. Cette déception, ce n’est que partie remise pour les prochains championnats (en Bulgarie, ndlr) et je vais m’arracher pour enfin obtenir cette médaille d’or qui me fuit. Ce titre me tient très à coeur, c’est mon principal objectif maintenant.

« Une discipline à maturité tardive »

Dans ma vie, j’ai fait 8000-43 sauts. Puisque je suis mauvaise en math je vous laisse faire la soustraction mais malgré ce chiffre, je continuerai à sauter tant que le physique tient et tant que je ne serai pas championne du Monde surtout ! En plus, la précision d’atterrissage est une « discipline pour les vieilles » où l’on arrive à maturité assez tard. J’ai 34 ans et du coup encore du temps devant moi ! »

Propos recueillis par Nathanaël Valla-Mothes

 

Author: Nathanaël Valla-Mothes

Passionné de sport, je suis passé par L'Equipe et La Provence avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @MothesValla

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