Jessica Vetter, crossfitteuse à temps plein

Ils ne soulèvent pas des poids mais bien leurs corps lestés d’objets insensés. Le CrossFit, né en 1974 dans le garage des époux Glassman, est pratiqué par plus de 200 000 adeptes en France. Depuis 2007, la discipline organise même ses propres championnats du monde, les « CrossFit Games ». Décryptage avec Jessica Vetter, une des meilleures CrossFitteuses tricolores.

De la gymnastique au CrossFit, il n’a qu’un pas et quelques poids. Comme Greg Glassman, le créateur de cette discipline en 1974, Jessica Vetter était gymnaste. Comme lui, elle s’est éprise du fitness d’un genre nouveau, à la sauce cardio : « C’est un mode de vie adapté à tous ». Mieux, ses capacités de souplesse acquises dans un temps ou les barres parallèles n’étaient pas tractions, lui permettent à l’ancienne du Reebok CrossFit Louvre, structure historique de la capitale et accessoirement la plus grande de l’Hexagone, de rester au niveau.

18e de la dernière French Throwdown, une prestigieuse compétition internationale organisée à Paris depuis 2012, la sociétaire du CrossFit Aubagne s’éloigne pourtant inexorablement du niveau qui l’a vu être sacrée femme la plus fit de l’année 2015. « Cette année là, j’ai  fini première Française pour ma première compétition mais il n’y avait pas encore beaucoup de CrossFitteuses sur le terrain » admet-elle modestement, Le CrossFit, c’est aller au delà de soi, d’échanger et finalement améliorer sa santé ».

Une professionnalisation à marche forcée

Pourtant, ce sport va bien au delà des préceptes de Coubertin. L’essentiel est de participer. Et de gagner. Numéro tatoué sur l’épaule, les athlètes gonflent les muscles en compétition : « Il n’y a plus de place pour le fun. Tout le monde est dans sa bulle ». Encore anonyme en 2012, le CrossFit connaît en 5 ans une démocratisation fulgurante en France : plus de 200 000 pratiquants, 250 salles affiliées (fin 2016) et des sponsors qui se bousculent aux portiques médiatiques. Reebok, qui organise les CrossFit Games, l’équivalent des Mondiaux depuis 2007, est le premier à se gargariser du succès. La marque de chaussures a même offert en 2017, plus de 2 millions d’euros de primes aux vainqueurs de la compétition, toutes catégories confondues.

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La traction, un des mouvements phares du CrossFit. (c) Jessica Vetter/Instagram

Ce magot, à l’image de Jessica Vetter, beaucoup ne l’auront vu que de loin : « Je ne suis jamais allée au bout des sélections. Je me suis arrêtée aux régionales ». Spécificité de la discipline oblige, les mondiaux se déroulent en trois phases de sélections par pôles géographiques. Pourtant dans le top 3 des meilleures françaises de son sport, les 65 kg de l’athlète ne pèsent pas. Historiquement Américain, « l’entraînement croisé » féminin s’offre depuis 2007 aux anglophones et Islandaises, dont la domination s’est encore confirmée cette année avec la victoire de l’Australienne Tia-Clair Toomey.

Pour disputer le graal donc, il faut pousser à la salle, et parfois tricher. Cousin éloigné du culturisme, le CrossFit a lui aussi été touché par le dopage. En septembre 2017, 5 athlètes ont été controlés positifs pendant les sélections régionales, un stade où la tricolore avait elle-même échoué à se qualifier un an plus tôt : « Ce qui est malheureux c’est que ce n’est pas forcément les meilleurs qui se dopent. Quand aux contrôles, il y en a beaucoup, mais nous attendons encore des résultats ».

Médias, régimes et WOD

Le CrossFit se professionnalise à marche forcée. Pourtant, « On ne gagne pas encore sa vie aujourd’hui en étant athlète. Ce sport n’est pas encore assez médiatisé pour être professionnel ». Dès 2011 pourtant, la chaine américaine ESPN retransmettait les CrossFit Games. En 2017, Facebook et CBS Sports se sont associés pour diffuser la compétition en direct sur le web. Une révolution que devrait vite connaître la France qui propose déjà la French Throwdown en streaming sur la toile. Avec l’essor des salles labelisées, le boom des coachs sportifs a lui aussi été proportionnel au nombre de muscles rablés. À défaut d’être pro, Jessica Vetter vit sa passion en entraînant et a ouvert récemment une « Box » à Aubagne en parallèle des séminaires de Gym qu’elle dispense.

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Jessica Vetter a terminé 18e de la French Throwdown 2017. (c) Jessica Vetter/Instagram

Un confort financier qui lui permet de baigner tous les jours dans la sueur des « WOD » (Work Of the Day), les efforts musclés de l’entraînement croisé. Courir, tirer, sauter, tout est bon pour brûler l’ennemi juré de la calorie. Car, sur ce point au moins, les crossfitteurs combattent sur le terrain des bodybuildeurs. « Je mange le plus sainement possible et j’essaye de rester dans une bonne dynamique en évitant les mauvais sucres. Je prends aussi quelques compléments alimentaires » avoue la femme de 33 ans, encore loin de la retraite. Et aux muscles de ses tablettes, elle ajoute aussi parfois, le plaisir du chocolat. Sans excès, obsédée par sa santé.


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Author: Nathanaël Valla-Mothes

Passionné de sport, je suis passé par L'Equipe et La Provence avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @MothesValla

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