Isia Basset, orienteuse par hérédité

Elle est tombée dedans quand elle était petite et n’a depuis, jamais quitté les sentiers balisés. Isia Basset, championne de France de course d’orientation moyenne distance, a toujours pratiqué la C.O. Une passion qu’elle doit en grande partie à sa famille et à une redoutable fratrie d’orienteurs. Portrait.

Dans la famille Basset, on demande le père. Le périple sportif d’Isia s’écrit dans les pas du paternel. C’est de lui qu’est venu la première licence « Famille » proposée par la Fédération Française de Course d’Orientation. Grâce à ce sésame, toute la dynastie adopte progressivement des cartes à en déboussoler plus d’un. Commencer la C.O à 8 ans, après son grand frère Lucas, permet à la petite Isia de s’amuser avec des copains qu’elle dépassera très vite.

La Scandinavie encore intouchable

À cet âge pourtant, rien ne prédestine la future orienteuse à ce sport, encore méconnu dans l’Hexagone, et ses quelques 8000 licenciés. Mais la jeune femme se laisse vite guider par les balises ataviques du haut niveau, repérées par son frère aîné. Comme lui, elle intègre l’équipe de France très jeune et participe à ses premières grandes compétitions internationales à seulement 18 ans. Victorieuse d’une manche de coupe d’Europe juniors en Autriche en 2011, la progression de l’athlète est significative lorsqu’elle atteint la 7e place aux championnats du Monde de relais mixte en 2015 (Ecosse). Deux ans plus tard, de son aveu même, l’évolution est moins flagrante : « Je n’ai pas progressé comme je le souhaitais cette année. Il me manque encore quelque chose pour accrocher les meilleures ».

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Isia Basset aux championnats du monde de course d’orientation en Estonie. (c)Benoit Peyvel/FFCO

Car dans la cartographie de la concurrence, inutile de pointer vers l’Hexagone. En course d’orientation, le gratin mondial se cache dans la fraîcheur du Nord. En Suède notamment où « certaines athlètes sont professionnelles » et dont les femmes ont raflé 13 des 35 titres planétaires en longue distance. Avec les trois autres pays scandinaves (Danemark, Finlande et Norvège), la domination est presque totale : 22 titres sur 35 possibles (format longue distance) et 29 sur 34 en relais ! Dans ce monopole exclusif, seules la Suisse et la Russie ont parfois réussi à perturber l’hégémonie nordique. Pas encore les Françaises, qui peinent à s’orienter sur l’échiquier mondial.

Les récentes 17e places (moyenne distance) et 18e en sprint aux championnats du Monde de Tartu (Estonie, 30 juin-7 juillet) d’Isia Basset, pourtant la meilleure tricolore, confirme d’ailleurs la tendance. « À terme, mon objectif c’est de faire partie du top 6 aux mondiaux » clame pourtant l’étudiante à l’INSA de Lyon. Spécificité de la course d’orientation oblige, les 6 premières athlètes obtiennent le droit de monter sur le podium. Un chiffre symbolique irréalisable à court terme pour la Lyonnaise, mais potentiellement envisageable à condition que le compas l’aiguille vers les sommets.

Une famille en or

En France, Isia Basset a déjà montré les crocs. Championne nationale de moyenne distance (avril) et de sprint le 28 octobre dernier à Rennes, la pensionnaire du ASUL Sports Nature a prouvé sa supériorité dans l’Hexagone. Sa famille aussi. Avec ses deux frères (Marian et Lucas) et sa soeur Juliette, la tricolore a aussi été couronnée en relais mixte en avril dernier. Une performance de fratrie inédite seulement possible grâce à un très gros dernier relais de la jeune femme de 24 ans : « Gagner en famille surtout en étant la dernière relayeuse c’est quelque chose d’exceptionnel. On a la chance d’avoir une famille d’orienteurs de très bon niveau. C’est une belle récompense pour nous ».

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Une carte typique pour se repérer en course d’orientation. (c)Episode9/COYoutube

Une récompense aussi pour l’abnégation des parents qui accompagnent toujours leurs enfants dans cette discipline. La C.O, comme tous sports amateurs, nécessite un investissement pécunier non négligeable. Si l’emploi du temps aménagé de l’orienteuse dans sa formation Génie Civil et Urbanisme lui permet de s’entraîner correctement, elle compte toujours sur la générosité héréditaire pour se déplacer sur les courses : « Mes parents me suivent beaucoup. D’ailleurs, quand je suis en déplacement à l’étranger, c’est eux qui financent une bonne partie de mes déplacements. Sans ça je n’aurais pas pu arriver à mon niveau actuel ». Une situation précaire qui subsistera jusqu’à ce que la jeune femme puisse composer entre emploi et une passion qu’elle n’envisage pas d’arrêter « avant ses 35 ans ». L’arithmétique retiendra donc qu’il reste à la championne au moins 11 années d’entraînements harassants dans les montagnes du Forez.

« Nous faisons souvent des entraînements de nuit »

« Ma semaine est principalement accès sur des exercices de musculations et des entraînements en forêt, souvent de nuit ». Travailler dans l’obscurité pour développer la vision scotopique permet à Isia Bassset et aux athlètes du pôle France, domicilié à Saint-Etienne, d’aiguiser leurs sens. « C’est aussi ce qui explique la réussite des pays du Nord dans la discipline. L’hiver, ils sont très vite obligés de s’entraîner la nuit et leur perception de la forêt change complètement ». Coté carte, l’autre facette obscure de la C.O, la préparation se fait surtout en amont des compétitions et dans des phases de repérages indispensables. « On appelle ça de la simulation » précise l’athlète. Simuler la planimétrie, l’hydrographie et les reliefs fait d’ailleurs toute la particularité de ce sport de renard des forêts. Au renard, Isia Basset déclare pourtant préférer la marmotte. À la seule différence qu’elle n’hibernera jamais dans le Forez.

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Author: Nathanaël Valla-Mothes

Passionné de sport, je suis passé par L'Equipe et La Provence avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @MothesValla

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