Charline Picon : « Plus rien ne sera comme avant »

Son large sourire avait illuminé le podium des Jeux de Rio. Après une année sportive blanche en raison d’une grossesse, Charline Picon (32 ans), championne olympique de planche à voile RS:X, reprend doucement l’entraînement. Avec les J.O de Tokyo en perspective et une vie de mère en parallèle. Interview.

Charline Picon, vous venez de reprendre l’entraînement après votre grossesse. Comment gérez-vous cette reprise ?

Charline Picon : « Je reprends d’une façon très douce. Le but est de me réhabituer aux efforts physiques sans me blesser, notamment au niveau du dos, une partie du corps largement sollicitée par la voile. Pour ça, j’ai repris le vélo et l’aérobie que je pratique deux à trois fois par semaine. Je fais aussi du renforcement musculaire avec mon conjoint (il est Kinésithérapeute, ndlr). La grossesse s’est bien passée et j’ai essayé d’être toujours active, tout au long de cette période, en marchant beaucoup. Mais on perd forcément et il faut maintenant que je refasse tout dans l’ordre : muscler à nouveau le haut du corps, reprendre le cardio et gérer mon emploi du temps entre l’entraînement et ma petite fille.

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Il va falloir désormais jongler entre vie sportive et vie de famille…

Je reprends l’entraînement en étant consciente d’une chose : plus rien ne sera comme avant. Jusqu’à début février, je ferai en sorte de voir ma fille une bonne partie de la journée. Par la suite, je vais essayer de la confier le maximum à la nounou parce que son papa n’a pas, non plus, un emploi du temps facile. En tout cas, l’organisation sera primordiale d’autant que je suis toujours à la recherche continuelle de sponsors.

« Depuis Rio, il n’y a pas eu d’évolution. Je ne trouve toujours pas de sponsors »

Quels sont vos objectifs sportifs désormais ? 

À court terme, l’objectif c’est les mondiaux au Danemark (du 7 au 13 août 2018) mais comme je n’ai pas pu prendre part au test event organisé à Arrhus et que je sors d’une grossesse, je ne sais pas vraiment si je vais réussir à retrouver mon niveau d’ici là. Après, le but ultime reste évidemment les J.O de Tokyo en 2020. Les championnats du monde, qui avaient lieu là-bas cette année, ne m’ont pas non plus permise de m’acclimater avec le site. Mais je vais tout faire d’ici 2 ans pour remonter dans la hiérarchie mondiale et retrouver ma place. C’est un cap que je me fixe, c’est motivant. Et je me rassure  aussi en voyant certaines sportives réussir en étant devenues maman. Comme elles, ça va peut-être me donner une force supplémentaire pour éventuellement remporter l’or…

Vous aviez déclaré, dans une lettre ouverte en avril dernier, être en manque cruel de soutien financier et de sponsors depuis les Jeux de Rio. Est-ce toujours le cas ?

À vrai dire, il n’y a pas eu d’évolution depuis. Le fait que je sois, sportivement, dans une année blanche n’arrange pas les choses mais sur les deux sponsors que j’ai perdus à la suite des J.O, j’en ai finalement récupéré un. Mais pour l’instant, malgré mon annonce de continuer jusqu’à Tokyo, je n’ai pas de nouveaux sponsors. L’agent engagé pour régler ce problème n’a lui non plus par réussi à trouver des partenaires, pour l’instant.

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C’est frustrant non…?

C’est inquiétant même ! Quand je vais devoir me déplacer, au Japon notamment, si financièrement c’est compliqué, impossible de continuer. J’ai déjà de la chance que la Marine nationale m’ai prise dans l’armée des champions et m’assure un salaire décent. Mais avec 1400 euros mensuels, on est très loin de certaines rémunérations de sportifs. Heureusement qu’à côté le département et la fédération me soutiennent aussi.

Avez-vous réinvesti, les 50 000 euros de primes reçus pour votre médaille d’or aux J.O, dans la pratique de votre sport ? 

(Rires) Non ! Cet argent est déjà mangé. Il a servi à agrandir la maison pour la venue de la petite !

Avec du recul, quels sentiments vous laisse cette médaille d’or à Rio ? 

Quand je revois les images de mon titre, je suis encore submergée d’émotions. On m’avait dit qu’avoir un enfant procurait une sensation similaire mais franchement ce sont deux émotions très différentes. On ne peut pas comparer cette émotion courte de fierté d’intensité d’un titre olympique à celle, magnifique, de devenir maman. Vue le contexte de ma médaille et devant sa propre famille, rien n’est vraiment comparable. Mon conjoint, mon frère et mes parents étaient là et le scénario a fait que cette médaille a une saveur exceptionnelle.

Les Jeux de Tokyo sera votre dernière compétition… non ?

Je ne sais pas. On ne sait jamais ! Raisonnablement oui. En tout cas, ça risque d’être mes dernières olympiades parce qu’après j’aurai presque 40 ans. Mais si j’ai une médaille à Tokyo, qui sait, ça peut me motiver à continuer.

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Vous allez encore pouvoir compter sur le soutien de votre famille là-bas ! 

Le soutien de ma famille à Rio a été primordial. Surtout celle de mon compagnon qui me soutient à 100% tout au long de l’année. C’est même lui qui m’a convaincue de continuer la planche à voile. Désormais j’ai une petite supportrice de plus ! J’aimerai bien emmener tout ce petit monde au Japon.

Est-ce que vous envisagez quand même l’après carrière ?

Je m’interroge… J’ai un diplôme de Kiné mais je ne sais pas si, après ma carrière de véliplanchiste, je vais utiliser ce sésame. C’est un choix de vie que je ferai ou pas mais en attendant je réfléchis à d’autres projets. C’est encore un peu flou mais j’aimerai faire quelque chose dans le monde du voyage. Rester dans la voile m’intéresserait aussi mais coacher des jeunes, à La Rochelle par exemple, nécessitera presque autant de temps que celui que je consacre actuellement à ce sport. Je peux aussi surfer sur mon palmarès pour essayer d’intervenir en entreprise. À voir si tout ça me permet de gagner ma vie… »

Propos recueillis par Nathanaël Valla-Mothes

 

Author: Nathanaël Valla-Mothes

Passionné de sport, je suis passé par L'Equipe et La Provence avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @MothesValla

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