Benoît Beaufils : « J’espère avoir convaincu des garçons à faire de la synchro »

Ils sont une cinquantaine en France. Benoît Beaufils était parmi ces exceptions. Le nageur a été le premier tricolore à participer aux championnats du monde de natation synchronisée (en duo avec Virginie Dedieu). C’était à Kazan en 2015. Entretien exclusif avec l’un des pionniers de la « synchro » masculine mondiale, bien décidé à briser le monopole féminin dans la discipline.


Vous et la natation synchronisée, ça date de quand ? 

Benoît Beaufils : « J’ai commencé la natation synchronisée à l’âge de sept ans. À cette époque je faisais déjà de la natation et de la gymnastique donc pour moi la « synchro » était un bon mélange des deux sports.

Ce sport est pratiqué par très peu d’hommes. Combien en avez-vous croisés durant votre carrière ?

Grâce aux championnats du monde de Kazan (2015, Russie), j’ai pu rencontrer une dizaine d’hommes qui faisait de la natation synchronisée. La raison pour laquelle très peu d’hommes pratiquent ce sport est liée à notre physionomie, du fait de notre densité musculaire. Les hommes en général flottent moins dans l’eau, et donc pour être au même niveau qu’une femme, il nous faut utiliser beaucoup plus d’énergie et d’oxygène, ce qui rend le sport extrêmement difficile pour la gent masculine.

« Stephane Miermont et Franck Lahanque étaient mes idoles »

Que retenez-vous de la parenthèse des Mondiaux 2015 et de votre duo avec Virginie Dedieu ?

Ma participation aux championnats du monde de Kazan était un rêve et il est devenu réalité. J’avais abandonné la compétition en 1998 quand l’opportunité de rejoindre le Cirque du Soleil aux Etats-Unis s’est présentée. Je nageais 8 heures par jour à l’époque et en voyant que rien n’évoluait concernant la mixité, je n’ai pas hésité à arrêter. Je n’aurai jamais pu deviner que, 20 ans plus tard, la France ferait appel à moi. Ce qui a rendu l’expérience encore plus inoubliable est de nager aux côtés de Virginie et de partager cette expérience avec elle. Je serai toujours redevable à Julie Fabre, notre entraîneure, de m’avoir choisi pour créer ce premier duo mixte français. C’est une expérience inoubliable !

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Vous avez marqué l’histoire de ce sport en France…

Quand j’étais jeune, Stéphane Miermont et Franck Lahanque, deux hommes à participer aux championnats de France, étaient mes idoles. En partant à Kazan pour représenter la France, j’espérais moi aussi pouvoir inspirer d’autres garçons à rejoindre notre sport. Je sais que dans mon club de Montauban, il y a en ce moment trois garçons au sein de l’équipe. J’espère que dans d’autres clubs français le même intérêt s’est présenté. Le comité olympique, qui vient de refuser la participation des duos mixtes pour les Jeux-Olympiques de Tokyo, pourrait changer d’avis pour Paris ou Los Angeles. Ça serait bien si la France avait une relève assurée d’ici là…

En parlant des Etats-Unis, vous vivez à Las-Vegas. Comment les Américains voient la natation synchronisée masculine ?

C’est l’Américain Bill May qui a été champion du monde avec Christina Jones en 2015. Il fait 3e cette année à Budapest avec une autre athlète. Est-il reconnu aux USA pour cette performance ? Est-ce que la synchro homme est plus populaire et vue différemment là-bas ? Malheureusement cette victoire n’a rien apporté à Bill à part la gloire et une médaille. Ce sport est encore moins médiatisé qu’en France. Les sports ici c’est plus le foot US, le basket et le baseball. En général, les Américains ne regardent d’ailleurs que les sports dans lesquelles ils excellent. Mais la synchro, c’est pas leur tasse de thé…

Vous n’avez pas reconduit l’expérience lors des mondiaux de Budapest cette année. Pourquoi ?

Le jour où j’ai appris que les championnats du monde allait se produire à Kazan en 2015, ma fille venait juste d’avoir une semaine. Donc les deux premières années de sa vie ont été passées avec un papa dans une piscine deux à trois heures par jour, en plus de mes deux spectacles par soir. Après les championnats d’Europe à Londres l’an dernier et la déception d’une seconde quatrième place, j’ai tout de même demandé à ma partenaire Chloé Kautzmann de rempiler pour Budapest. Au début de la saison, je lui ai demandée si elle voulait faire les championnats du monde en 2017, mais elle a refusé. Vu que je vis à Las-Vegas, mes choix de partenaires sont très limités. Budapest, c’était trop compliqué.

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Votre vie aux Etats-Unis a-t-elle changée depuis Kazan ?

Ma vie a beaucoup changé oui. Je travaille toujours dans le spectacle The Dream (un spectacle de cirque aquatique qui mélange danse, synchro et acrobaties), et je ne sais pas si c’est parce que les duos mixtes ont soudainement apporté une popularité au sport, mais, j’ai été appelé cette année pour tourner dans plusieurs films. Au mois de mai je suis rentré en France pour faire partie du film Le Grand Bain de Gilles Lellouche et deux semaines plus tard, j’ai rejoint l’équipe de James Cameron pour Avatar 2 et 3. En plus de ces projets et mon travail quotidien, je dirige aussi un spectacle de charité pour la recherche contre le cancer. Je vais être très occupé ces prochaines années…

« Ce sport est très difficile et les critiques parfois violentes »

Qu’est ce qui inciterait selon vous les garçons à pratiquer votre sport ?

Je pense que si les duos mixtes étaient plus médiatisés, plus de garçons feraient de la synchro. Il y a encore beaucoup trop de gens qui pensent que c’est un sport exclusivement féminin. Le prochain film de Gilles Lellouche par exemple raconte l’histoire d’une équipe de nageur synchronisé masculin. Espérons que ce film inspirera plus d’hommes à rejoindre notre sport. Dans tous les cas, il ne faut jamais baisser les bras. Ce sport est très difficile et les critiques parfois violentes mais c’est une discipline qui forge le mental, l’endurance, et pousse au perfectionnisme.

Entraîner la première équipe de France masculine de natation synchronisée, ça vous plairait ?

Si la France venait à développer une section masculine de natation synchronisée, je serais très intéressé pour leur apporter mon aide. Je pense avoir acquis beaucoup de connaissances sur ce sport en 30 ans de carrière et j’aimerais pouvoir les transmettre à la nouvelle génération de nageurs français. »

Propos recueillis par Nathanaël Valla-Mothes

Author: Nathanaël Valla-Mothes

Passionné de sport, je suis passé par L'Equipe et La Provence avant de me lancer dans le grand bain du sport féminin. Follow @MothesValla

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